À l'origine, il y a cette personne qui veut changer le monde

Bruce Rennes - Chargé de projets, FICD - www.ficd.ch

Trente-deux associations sont membres de la Fédération interjurassienne de coopération et de développement (FICD). Aux côtés d’organisations «mythiques», telles que Terre des Hommes et Amnesty international, représentées par des sections locales, s’ajoutent trente organisations, de dimension plus modeste. Chacune d’entre-elles possède une histoire qui lui est propre. Petit tour d’horizon des raisons qui aboutissent à la naissance d’une ONG et bien souvent au projet d’une vie. Un voyage non exhaustif à travers l’histoire de quelques-unes de nos associations-membres.

Un rapide coup d’oeil sur une mappemonde offre un panorama complet de l’impressionnant territoire d’intervention couvert par les organisations de coopération et de développement de notre région. De nombreux bénévoles consacrent une énergie exceptionnelle à la solidarité internationale. Ils s’impliquent dans des organisations fondées pour de multiples raisons.

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Les pays d'intervention des ONG membres de la FICD. De manière à rester représentative des zones d’intervention des membres de la FICD, cette carte ne prend pas en compte les pays d’intervention, nombreux, des organisations professionnelles, dont une section est membre de la FICD.

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Les origines des associations membres de la FICD.

De l’Aide d’urgence à la coopération internationale

7 décembre 1988, Arménie. A 11h41 (heure locale), le nord-ouest du pays est ravagé par un terrible séisme d’une magnitude de 6.9 sur l’échelle de Richter. L’ampleur de la catastrophe est effroyable : entre 25’000 et 30’000 morts. Dans les jours qui suivent le séisme, une équipe de dialyse organisée par la Société Suisse de Néphrologie, dirigée par le Docteur Jean-Pierre Bernhardt, médecinchef à l’Hôpital de Porrentruy, s’installe pour quelques semaines dans un service d’urologie pédiatrique de la capitale arménienne, Erevan. Elle prend en charge des enfants souffrant d’une insuffisance rénale transitoire liée à l’écrasement sous les décombres. En 1992, marqué par l’ampleur des besoins du pays, le Dr Bernhardt fonde la Fondation SEMRA.

De l’action politique à la coopération internationale

Comme si les catastrophes naturelles ne suffisaient pas à la souffrance des Hommes ! À ces horreurs, s’ajoute la folie d’hommes qui asservissent leur population. Dès 1965, Nicolae Ceausescu planifie la « systématisation », un projet qui prévoyait de raser un tiers des 13’213 localités de Roumanie, avec pour objectif de mieux organiser le contrôle politique du pays. En avril 1989, la commune de Moutier, grâce à une intervention parlementaire déposée au Conseil de ville, décide de créer une Commission municipale chargée de s’approcher de l’association internationale Opération Villages Roumains (OVR), en vue d’une opération de parrainage. OVR a été fondée afin d’empêcher la destruction des villages que Ceausescu voulait rayer de la carte. La commune de Chiril fut attribuée à Moutier.

19 juillet 1979, Nicaragua. Après une guerre civile sanglante, le dictateur Somoza est renversé. Ce petit pays d’Amérique latine subit une longue période de révolutions et de contre-révolutions fnancées par les Etats-Unis. Il devient une zone d’enjeux politiques. Dès lors, la solidarité internationaliste converge vers cette nation, pétrie de liberté, qui cherche à se dépêtrer des griffes de l’impérialisme américain. En 1986 à Delémont, puis en 1987 à Bienne, des groupes de citoyens se mobilisent et organisent des jumelages : avec la commune de La Trinidad pour les Delémontains et la ville de San Marcos pour les Seelandais.

Trente-ans plus tard, le monde a changé. Que cela soit en Amérique centrale ou en Europe de l’Est, les motivations liées à l’action politique des débuts se sont taries. Toutefois, elles ont été remplacées par une envie de construire des relations de coopération stables et durables. Elles perdurent grâce à ces jumelages toujours très actifs.

Du voyage à la coopération internationale

Le voyage a ceci de féérique : entre découverte et émerveillement, il ne laisse que rarement indifférent, plus particulièrement lorsque l’itinéraire emprunté traverse des pays du Sud. Généralement, les sentiments sont embrouillés. On est à la fois bouleversé par le dénuement des populations locales et ému par la générosité des personnes rencontrées.

L’aventure de la Fondation Aurore Happy Home, par exemple, débute en 2001 lors de l’un des nombreux voyages de Catherine Weissbaum, professeure de yoga jurassienne, dans la région du Tamil Nadu, un état de l’Inde du Sud. Dans le village de Vazhaithottam, Catherine rencontre sept orphelins vivant dans la plus grande misère. Touchée, elle décide de tout mettre en oeuvre pour améliorer la situation de ces enfants, lançant ainsi le projet de la maison du bonheur, «Happy Home». Autre manière de voyager, même effet de solidarité. 1991, Togo. Une famille sur deux n’a pas de toilettes. Les conséquences sont désastreuses, entre pollution de l’eau et développement de nombreuses maladies parasitaires et diarrhéiques. Laurence Frésard, alors volontaire de l’ONG Frères Sans Frontières (aujourd’hui E-Changer), fonde avec son partenaire local, un programme de construction de latrines. À son retour en Suisse, la jeune volontaire ne souhaite pas rester inactive et, forte de son expérience, fonde l’association Latrine Togo.

D’une rencontre marquante à la coopération internationale

Déplaçons-nous un peu plus à l’Est pour rejoindre le Bénin. À la fin des années 80, le Dr Michel Quéré, un pédiatre français, travaille à l’Hôpital Saint-Jeande- Dieu de Tanguiéta, une commune située dans le Nord de ce petit pays d’Afrique occidentale. Venu chercher des enfants opérés en Suisse pour les ramener à leurs parents au Bénin et au Togo, le médecin rencontre à Massongex, en Valais, Raoul Piquerez, alors président de Terre des Hommes Jura. Une rencontre déterminante qui aboutira à un jumelage entre l’Hôpital de Delémont et celui de Tanguiéta d’une part, et à la fondation de Jura-Afrique, le 22 novembre 1990, d’autre part. Quelques décennies plus tôt. 1950, Allemagne. Fortement imprégné par la lecture d’un livre, Walter Utermann, 17 ans, rêve d’Afrique. Ce livre raconte l’histoire d’un missionnaire parti exercer un travail de pionnier sur un continent où tout reste à découvrir. Cinq ans plus tard, ses études l’amènent à s’installer en Suisse. Il rencontre alors un couple de missionnaires actifs au Tchad, les Baar. Une photo touche particulièrement le jeune homme : trois nomades sur leurs chameaux qui traversent la savane. Dès lors, il a l’intime conviction que son chemin le conduira au Tchad. Effectivement, en 1959, Walter Utermann créera la Mission Evangélique au Tchad (MET) et partira dans ce pays d’Afrique centrale, au volant de son bus VW.

De la diaspora à la coopération internationale

Bien souvent, la solidarité internationale débute en Suisse même, grâce à l’implication de la diaspora. 2010, La Heutte, petit village du Jura bernois. Mpampidi Kazadi, binationale suissecongolaise, s’enquiert par téléphone auprès d’un proche de la situation dans sa cité d’origine, Idiofa, située à 861 kilomètres à l’est de Kinshasa. Les nouvelles d’alors ne sont pas bonnes, la situation est catastrophique !

Quelques semaines plus tard, soutenue par sa collègue Ruth Konrad, la jeune femme fonde l’association Kitunga Lutondo (Panier d’Amour). Abdel Zalagh, lui, est originaire de Khénifra, une région montagneuse du Moyen Atlas, au Maroc. En Suisse depuis 1988, il retourne régulièrement dans sa région d’origine pour convoyer différents matériels scolaires, médicaux ou habits. Un ami d’enfance lui rapporte les nombreuses difficultés vécues par les écoliers. La scolarisation et la formation professionnelle sont sommaires, écourtées, voire carrément inexistantes. La pauvreté des familles, qui ont besoin de bras pour les travaux des champs et qui ne peuvent pas acheter le matériel scolaire ou des vêtements, s’ajoute à ces difficultés. A la recherche de solutions et sous l’impulsion d’Abdel, CormoAtlas nait le 5 février 2009. Notre périple solidaire se termine par un retour en Amérique latine.

Brésilienne établie depuis une dizaine d’années dans le Jura, Cristiana Kury commence par apporter des valises de jouets et d’habits lorsqu’elle rentre, en vacances, chez elle, pensant faire « de l’humanitaire ». Confrontée aux limites de son action, elle décide de « passer au développement ». Elle se met alors à l’écoute des besoins locaux, démarche qui va déboucher sur la fondation d’une coopérative de caféiculteurs et crée, à son retour en Suisse, l’association FUndação Solidariedade Amazonas (FUSAM).

De la solidarité à tous les niveaux

Voyageur solidaire marqué par une rencontre, personnalité issue de la diaspora, militant politique ou encore simple quidam frappé par des images catastrophiques qui inondent nos écrans de télévision, toutes ces histoires ont un point commun : un jour, un groupe d’amis, de connaissances ou de collègues se mobilise autour d’une personne, véritable moteur d’un projet de solidarité avec les pays du Sud. Le groupe entreprend une récolte de fonds et se lance dans un petit projet qui prendra une envergure parfois inattendue. L’action ponctuelle des débuts, qui est parfois limitée, se métamorphose en un véritable projet de développement qui s’amplifie et se diversifie au fil des années.

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